Cahier des charges site internet : ce qu'il doit contenir

Un cahier des charges de site internet décrit le résultat attendu, pas la solution technique. Il rassemble huit blocs : contexte et objectifs, cibles, arborescence, contenus, fonctionnalités hiérarchisées, exigences graphiques et techniques, obligations légales, budget et planning. Sa vraie fonction est de rendre la livraison vérifiable par quelqu’un d’autre que son auteur.
La plupart des projets web qui dérapent n’ont pas dérapé sur la technique. Ils ont dérapé sur un désaccord jamais écrit : qui fournit les textes, ce que veut dire un site terminé, qui garde les accès au serveur une fois la facture réglée. Un document de cadrage sérieux ne supprime pas les imprévus, il supprime les malentendus. Voici ce qu’il doit contenir, dans quel ordre, et les points que presque tous les modèles trouvés en ligne oublient.
Ce que ce document tranche, et ce qu’il ne tranche pas
Le premier réflexe consiste à décrire des solutions : un menu déroulant, un carrousel en page d’accueil, telle plateforme de gestion de contenu. C’est l’erreur de départ. Vous décrivez un besoin et une contrainte, le prestataire propose un moyen. En inversant les rôles, vous achetez une réalisation conforme à vos plans et plus personne ne peut être tenu responsable du résultat.
Trois formulations montrent la différence :
- au lieu de « je veux un carrousel », écrivez « je dois pouvoir mettre trois offres en avant sur la page d’accueil et changer leur ordre moi-même » ;
- au lieu de « il faut du WordPress », écrivez « une personne non technique doit pouvoir publier un article sans intervention extérieure » ;
- au lieu de « le site doit être moderne », écrivez « le site doit rassurer une clientèle de plus de cinquante ans qui hésite entre deux artisans ».
Ce déplacement change la nature des devis reçus. Vous ne comparez plus des listes de tâches, vous comparez des réponses à un problème. Sur les écarts de chiffrage entre deux propositions, notre décomposition des budgets par type de projet donne les repères de marché.
Le périmètre, et surtout ce qui en sort
Un chapitre hors périmètre vaut de l’or. Écrire ce que le projet ne comprend pas évite les discussions de fin de chantier, moment où la relation est déjà tendue. Les exclusions les plus utiles à formuler :
- la rédaction des textes, quand elle reste à votre charge ;
- les photographies et leurs droits d’exploitation ;
- la reprise des anciens contenus au-delà d’un volume donné ;
- les traductions ;
- la maintenance après la mise en ligne ;
- la formation des utilisateurs au-delà d’une session.
Chacune de ces lignes représente plusieurs journées de travail. Laissée implicite, elle sera facturée en supplément ou bâclée. Écrite, elle devient une décision consciente.
Qui décide, qui valide, en combien de temps
Un projet web meurt plus souvent d’un circuit de validation flou que d’une difficulté technique. Nommez un interlocuteur unique côté commanditaire, celui qui arbitre quand deux avis internes divergent. Fixez un délai de retour, cinq jours ouvrés par exemple, et précisez ce qui se passe au-delà : le planning glisse d’autant, sans pénalité pour le prestataire. Cette clause protège les deux camps.

Les huit blocs qui structurent le document
France Num, le dispositif public d’accompagnement au numérique des entreprises, publie des trames de cahier des charges et rappelle un ordre de grandeur utile : pour une petite structure, cinq à dix pages bien construites suffisent à cadrer un site vitrine. La densité prime sur le volume.
Contexte et objectifs mesurables
Deux paragraphes sur l’activité, le marché, la concurrence locale. Puis des objectifs formulés avec un indicateur et une échéance : recevoir dix demandes de devis qualifiées par mois à six mois, réduire de moitié les appels d’information au standard, vendre en ligne une gamme précise. Un objectif sans indicateur ne permet aucune évaluation ultérieure et ne guide aucun arbitrage pendant le projet.
Cibles et parcours attendus
Décrivez deux ou trois profils réels, avec leur situation au moment où ils cherchent, leur aisance numérique, l’appareil qu’ils utilisent, et surtout leur question principale. Un particulier qui compare trois couvreurs après un dégât des eaux n’a pas les mêmes attentes qu’un acheteur professionnel qui vérifie des références. Le parcours visé se résume en une phrase par profil, de l’arrivée à l’action attendue.
Arborescence et contenus
Listez les pages, leur niveau hiérarchique et, pour chacune, trois informations souvent oubliées :
- le contenu existe-t-il déjà, faut-il le réécrire ou le créer ;
- qui le produit, avec quelle date d’engagement ;
- quel volume approximatif de texte et combien de visuels.
C’est le bloc qui bloque le plus de projets. Un site prêt techniquement attend parfois des mois ses textes, et la responsabilité du retard n’a jamais été attribuée. Le principe éditorial du site, ses rubriques et sa profondeur méritent d’être arrêtés ici plutôt qu’en cours de route.
Fonctionnalités classées par priorité
Ne livrez jamais une liste à plat. Classez en trois niveaux : indispensable au lancement, souhaitable, envisageable plus tard. Cette hiérarchie sert d’outil d’arbitrage quand le budget se tend, et il se tend toujours. Pour chaque fonctionnalité, une phrase de comportement attendu suffit : ce que fait l’utilisateur, ce que produit le système, qui reçoit quoi.
Les fonctions à décrire avec le plus de soin sont celles qui touchent à un flux :
- le formulaire de contact, sa destination et sa réponse automatique ;
- la prise de rendez-vous et sa synchronisation éventuelle ;
- le paiement, ses moyens acceptés et ses justificatifs ;
- l’espace client, ses droits et ses données ;
- l’export des informations vers un outil de gestion.
Exigences graphiques et éditoriales
Sans charte existante, fournissez trois références de sites que vous trouvez justes, en expliquant pourquoi, et deux contre-exemples. L’explication compte davantage que la référence elle-même. Précisez les contraintes dures : logo à respecter, couleurs imposées, ton du langage, présence ou non de visages sur les photographies. Le reste relève de la proposition du concepteur. Le lien entre ambition visuelle et budget est détaillé dans notre analyse de ce qui justifie le prix d’un site vitrine sur mesure.
Exigences techniques et de performance
Ce bloc se rédige en critères vérifiables, jamais en adjectifs. Un site rapide ne veut rien dire, une valeur mesurée si. Google a intégré l’indicateur INP à ses signaux Core Web Vitals le 12 mars 2024, en remplacement du FID, avec un seuil de bonne performance fixé à 200 millisecondes au 75e centile des visites réelles. Ce genre de repère public donne une exigence opposable, contrairement à une impression de fluidité.
Les autres points à formaliser :
- compatibilité navigateurs et versions minimales retenues ;
- affichage mobile, tablette et grand écran ;
- hébergement souhaité, localisation des données, fréquence des sauvegardes ;
- noms de domaine concernés et redirections des anciennes adresses ;
- environnement de préproduction accessible avant mise en ligne.
Les redirections méritent une ligne dédiée en cas de refonte. Un site refait sans plan de redirection perd une part de sa visibilité acquise, parfois durablement, et le problème se voit rarement avant plusieurs semaines.
Référencement et mesure d’audience
Précisez les intentions de recherche visées et la zone géographique couverte, plutôt qu’une liste de mots clés isolés. Indiquez qui produit les balises titre et les descriptions, qui installe la mesure d’audience, quels événements doivent être suivis. Pour une activité de proximité, la fiche d’établissement et les signaux de proximité pèsent souvent davantage que le site lui-même, sujet traité dans notre tour des signaux qui comptent en référencement local.
Budget, planning et gouvernance
Annoncez une enveloppe ou une fourchette. Un prestataire sérieux s’en sert pour dimensionner sa proposition, pas pour gonfler son prix. Un cahier des charges sans budget produit des devis incomparables, écartés d’un facteur quatre, et fait perdre des semaines au tri. Ajoutez la date souhaitée de mise en ligne, les contraintes de saisonnalité, et le rythme des points d’avancement.


Les obligations légales à écrire noir sur blanc
Beaucoup de modèles téléchargeables s’arrêtent aux fonctionnalités. C’est précisément là que se logent les coûts imprévus et les risques réels.
Mentions légales et données personnelles
La loi pour la confiance dans l’économie numérique du 21 juin 2004 impose à tout éditeur professionnel de rendre accessibles ses informations d’identification, dont l’identité de l’éditeur, ses coordonnées et celles de l’hébergeur. Le cahier des charges indique qui rédige ces pages et qui les tient à jour.
Sur les données personnelles, trois points doivent apparaître :
- la finalité et la base légale de chaque collecte, formulaire par formulaire ;
- la durée de conservation des messages reçus et des comptes clients ;
- le dispositif de recueil du consentement pour les traceurs non essentiels, conforme aux recommandations de la CNIL, avec un refus aussi simple que l’acceptation.
Un bandeau de cookies mal conçu se corrige ensuite, mais il faut le rebudgéter. L’écrire au départ coûte une ligne.
Accessibilité numérique
L’obligation s’est étendue au secteur privé. La directive européenne sur l’accessibilité, transposée en droit français par la loi du 9 mars 2023, s’applique depuis le 28 juin 2025 aux services de commerce électronique et à plusieurs services numériques payants. Les entreprises de moins de dix salariés réalisant moins de deux millions d’euros de chiffre d’affaires en sont exemptées. Le contrôle relève de la DGCCRF et les sanctions prévues peuvent atteindre 50 000 euros par service non conforme.
Même hors obligation, deux exigences simples changent la donne pour une part réelle des visiteurs : un contraste de texte suffisant et une navigation possible au clavier. Elles se demandent au moment du cadrage, pas après la livraison, car elles touchent aux choix graphiques eux-mêmes.
Le chapitre qui évite la majorité des litiges
Trois sujets décident de la fin de projet. Ils tiennent en une page et manquent presque toujours.
Les critères de recette
La recette est la vérification contradictoire avant paiement du solde. Elle n’a de sens que si ses critères sont écrits à l’avance :
- la liste des parcours à tester, du formulaire envoyé jusqu’au message reçu ;
- les navigateurs et appareils sur lesquels le test fait foi ;
- les mesures chiffrées à atteindre et l’outil qui sert d’arbitre ;
- le délai de correction des anomalies selon leur gravité ;
- la durée de la garantie après mise en ligne.
Sans ces critères, un désaccord se règle au rapport de force. Avec eux, il se règle par un test.
La propriété du code et des accès
Cette clause vaut plus que tout le reste. Précisez que les codes source, contenus, comptes de nom de domaine, accès d’hébergement et accès à la mesure d’audience sont votre propriété et vous sont remis à la livraison. En droit français, une prestation de développement n’emporte pas automatiquement cession des droits sur le code : la cession se prévoit par écrit et se délimite. Un nom de domaine déposé au nom de l’agence reste un moyen de pression durable, y compris quand la relation se passe bien.
La maintenance et la sortie de relation
Distinguez trois choses souvent mélangées : les mises à jour techniques et de sécurité, les corrections de dysfonctionnements, les évolutions fonctionnelles. Chacune a son tarif et son délai. Précisez aussi ce qui se passe si vous changez de prestataire : documentation attendue, transfert des accès, format de restitution des données. Le choix entre un indépendant et une structure constituée pèse sur ces engagements, comparaison détaillée dans notre mise en regard des deux modes de prestation.

Cinq erreurs de rédaction qui coûtent cher
La première consiste à recopier un modèle sans l’élaguer. Un document générique de quarante pages dilue les trois exigences qui comptent vraiment pour votre activité, et personne ne le lit en entier, prestataire compris.
La deuxième consiste à taire le budget par crainte d’être surfacturé. L’effet obtenu est inverse : les propositions reçues deviennent incomparables et le tri prend des semaines.
La troisième consiste à décrire l’existant plutôt que l’attendu, en cas de refonte. Reproduire un site qui ne fonctionnait pas revient à payer pour le même résultat avec une apparence différente.
La quatrième consiste à figer une solution technique dès l’introduction. Vous vous privez des alternatives, parfois d’une économie substantielle.
La cinquième, la plus fréquente, consiste à oublier qui produit les contenus. Un projet de deux mois qui attend ses textes devient un projet de six mois, et l’élan initial se dissipe.
Prochaine étape concrète : rédigez d’abord l’arborescence avec, en face de chaque page, le nom de la personne qui fournit le contenu et sa date d’engagement. Cette seule liste révèle en une heure si le projet est prêt à démarrer. Le reste du document se construit ensuite, et les repères de marché régionaux figurent dans notre point sur la création de site dans le Haut-Rhin.